En ce monde nous marchons
Sur le toit de l'enfer
Et regardons les fleurs.
Issa Kobayashi (1763-1828)
Natasha Krenbol appartient à la génération des enfants, ou plutôt des petits-enfants, de Jean Dubuffet et de poètes comme Henri Michaux.
Alimentée aux sources du blues, du jazz, et des musiques ancestrales de tous les vieux continents, elle fait partie de ces artistes dont la culture mondiale, et le sang, mêlé, semblent porter la mémoire de tous les peuples en voie de disparition : la famille des poètes, volontairement primitifs et cosmopolites, de « Mother Earth », actuellement en grand danger. Pas étonnant si son œuvre, nourrie du contact avec les terres de la vie simple, ouvre naturellement des frontières qui, à ses yeux, devraient être effacées depuis longtemps.
Chemin faisant, une autre vie du mental lui est devenue familière. « Hasards objectifs », signes, rencontres, sont pour elle la trame d'un quotidien devenu mystique, dans une époque où c'est la vie elle-même qui est surréaliste.
La peinture est, pour elle, un engagement total, une façon de vivre, de respirer, comme la musique, qui partout l'accompagne et constitue le fil conducteur de son œuvre. Ce sont justement d'autres airs, d'autres mélanges qu'elle nous propose à voir, dans ses toiles si vivantes où tout danse et tout bouge, toute une culture qu'elle porte partout avec elle, comme le conteur itinérant sa mythologie personnelle.
Animaux, plantes, humains, créatures imaginaires, tous les êtres se valent dans l'univers de Krenbol, où le petit et le grand ont la même importance aux yeux du Créateur. Et on y sent une tendresse particulière pour les mille petits détails, essentiels, qui font tout le charme et le miracle de l'existence. C'est un univers d'un animisme naturel, où la vie suit son cours, à son rythme, têtu et obstiné, comme l'âne, compagnon privilégié de Krenbol.
Là, réside le secret de ce qui donne à ces œuvres tant de vie : dans la surimpression d'au moins deux mondes, deux préoccupations, à la fois opposées et complices, comme dans l'existence. La poésie retrouve l'espace de se donner libre cours, et l'on sent la fraîcheur d'une libre et talentueuse improvisation: celle qui, comme en musique, sait associer le « feeling », le don, et ce sens très particulier de l'équilibre que développent les grands vivants, à force de parer les coups à droite et à gauche.